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Une tête radi[c]ale fracturée. Un fichier corrompu. Depuis ces brèches, Mimi Haddam compose un essai hybride où poésie, enquête clinique, pensée critique, études sur l'affect et autothéorie s'entrecroisent dans une matière instable. L'écriture y accueille les glissements, les lapsus, les erreurs et les failles, et interroge les dispositifs cliniques, les savoirs prétendument neutres ainsi que les régimes de visibilité qui décident quels corps sont vus, crus ou ignorés.
Un essai poétique sur les corps illisibles, les ruines du langage et les solidarités qui naissent dans l'éclatement.
Mimi Haddam est une autrice et artiste d’origine franco-algérienne qui vit à Tiohtià:ke/Montréal. Elle travaille dans divers contextes artistiques, maraîchers et communautaires où elle investit les espaces incertains et sans formes étanches. Elle s’intéresse aux pensées troubles, affectives et insurgées, ainsi qu’aux savoirs expérientiels disqualifiés par les régimes dominants. Ses œuvres et contributions à la recherche-création sont publiées et présentées au Québec et à l’international. Bleu désordre est son quatrième livre.
Une à une, je rassemble les traces qui m'ont été arrachées d'un service médical à l'autre : rapports, scans, imageries. Je tente de déchiffrer les pièces de cette enquête dans l'espoir d'en déplacer le centre, d'en fissurer l'autorité. Et je pense : pourquoi mon coude, pourquoi ma main, pourquoi ma mâchoire, pourquoi mes ovaires, pourquoi mon ventre, pourquoi mes poumons, pourquoi mon sang, pourquoi mes yeux ? Comment ces zones corporelles - chargées politiquement, symboliquement, et historiquement - interrogent-elles le texte ? Que racontent-elles ? Que forment-elles et que déforment-elles ? Elles mordent, crachent, grincent, tendent, soulèvent, se défendent. Elles refusent d'acquiescer passivement. Elles témoignent des ondes de choc, insurgées. Elles sont des points d'appui permettant à l'écriture d'opérer.